"Parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires pour le bonheur, les autres pour la tranquilité du corps, les autres pour la vie même." [Epicure]

mercredi 12 août 2015

Fantasmes & Guerre des Sexes


Je passais par le blog Les 400 Culs de la journaliste Agnès Giard et je tombe sur son article "Le Porno féministe n'existe pas" à propos du fait que les femmes, en matière de porno, regardent des choses plus violentes, ou en tout cas plus intenses, que les hommes. L’article poursuit avec le commentaire de l’artiste féministe Ovidie qui y voit la preuve de la survivance de la domination masculine et patriarcale sur les femmes malgré le passage de la révolution sexuelle. Ovidie essaye dès lors de promouvoir une autre forme de porno, féministe ou ‘female-friendly’, supposée rencontrer les attentes des femmes et apporter un peu d’équité dans cette industrie. (Heureusement, la journaliste aura vite fait de montrer la vanité de telles intentions, ce que je m’attarderai à faire également en fin d’article)

J’interroge alors mon épouse, que je sais très friande de vidéos de sexe amateur plutôt brutal. (Plus que moi, en tout cas) Ses fantasmes ont-ils été dominés par un courant patriarcal machiste dans sa petite enfance? Est-ce que l’un de ses premiers partenaires était-il particulièrement brutal pour la conditionner à une forme de sexe plus animal que tendre ?



Pour le courant patriarcal machiste, je ne vois pas vraiment comment cela serait possible. Son père est le seul homme de sa famille et il n’a rien d’un tyran du foyer. Si quelqu’un commande la maisonnée, j’ai même d’avantage l’impression qu’il s’agit de ma belle-mère. Aucune chance donc que mon épouse ait dû subir une éducation qui fasse d’elle une jeune femme docile prête à se soumettre aux fantasmes de son mari.

Pour le partenaire brutal des débuts, il y a peut-être un de ses ex qui correspond au profil. Mais elle me le confie d’emblée : je suis le plus brutal qu’elle ait eu jusque-là. (Et ça me surprend et me fait presque rougir, car je ne me suis jamais considéré comme particulièrement bestial au lit…) J’ai ensuite creusé pour savoir à quand remontait la première excitation qu’elle avait ressentie par rapport au fait d’être dominée par un homme. Elle se remémora que, alors qu’elle faisait son entrée dans la puberté et n’avait pas plus de douze ans, une scène du film A New Love in Tokyo, où un vieil homme d’affaire japonais baisait une jeune prostituée, l’avait particulièrement excitée. Ce passage l’ayant vivement marquée, elle le garda en mémoire et dans ses fantasmes toutes les années qui suivirent.

Si je compare cela à mes propres fantasmes d’adolescent, j’étais assez loin de trouver excitant le fait de voir un homme baiser une femme brutalement. Le premier porno que j’ai dû voir entièrement était un truc qui passait à Canal+, peut-être une production Dorcel, je ne saurais plus dire. J’étais allé mater ça chez un ami (mes parents n’avaient pas Canal+) qui avait le luxe d’avoir une télé dans sa chambre. Je me souviens des gros plans sur les queues des mecs pénétrant des chattes et des culs, les doubles pénétrations, les gang-bang, etc. (c’était un de ces films sans vraiment de scénario, où une scène succède à l’autre sans trop se soucier de la continuité narrative) Et bien, tous ces trucs où les mecs dominaient bien sexuellement les femmes, ça me laissait assez de marbre à l’époque.

 
 Cette lumière unique (oui, il semble qu'il n'y ait qu'une source d'éclairage sur ce plateau), ces habits tout droit sortis d'un rayon H&M, pas de doute: c'est un Dorcel!

En revanche, toutes les scènes de sexe lesbien me plaisaient énormément et étaient celles qui m’excitaient le plus à l’époque et dans les années qui ont suivies. Et dans ces scènes, dès qu’un gode-ceinture faisait son apparition et qu’une femme commençait à se comporter comme un homme, mon excitation retombait. Par contre, j’adorais voir les femmes se peloter les seins, voir l’une descendre sa main entre les cuisses de l’autre pour la doigter, et voir soudain la captive se mettre à gémir… Le plaisir de voir un cunni entre femmes est venu plus tardivement et ce n’est que très récemment – un peu grâce à ma femme – que j’ai commencé à apprécier voir des hommes en action dans le porno. Je ne peux donc pas dire que je sois l’incarnation fidèle d’un patriarche machiste et dominateur qui fantasmait à l’idée de brutaliser sexuellement des femmes.

Je pense juste que ma femme a ses désirs et ses fantasmes, et j’ai les miens. On pourra lui reprocher de manquer de « féminisme » dans les siens, tout comme on pourra me reprocher de manquer de « virilité » dans les miens. Personnellement, on s’en fout.

C’est ici qu’Ovidie a tort : tort de projeter sa vision d’une sexualité « saine » sur les millions de femmes qui regarderont son documentaire et lui accorderont du crédit. Ce qui, finalement, n’est pas différent de proférer une énième manière de « bien faire les choses pour une femme sous peine de culpabiliser », domaine dans lequel les magazines féminins – pourtant peu suspects de féminisme – sont passés maîtres.

Car, finalement, la seule vision valable du sexe est celle qui est partagée et acceptée par toutes les parties lors de l’acte. Que cette vision du sexe échoue à relayer les idéaux féministes, voire à calquer les diktats de la pensée machiste, c’est très bien ainsi. Le sexe a vocation à donner du plaisir à tous ceux qui y prennent part. Rien de plus. Rien de moins. Si Ovidie veut faire du sexe un cheval de bataille idéologique et politique, grand bien lui fasse! Je doute cependant que beaucoup de couples partageront cette vision des choses… Certainement, ils continueront de prendre leur pied sans trop se soucier de savoir dans quel camp de la guerre des sexes ils sont supposés être. 

Nous n’y ferons pas exception.




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